Rencontre avec Denis Dailleux

Dans le village d’enfance du photographe Denis Dailleux, en Anjou, vivait une femme de caractère, véritable personnage de roman : Juliette, sa grand-tante, décédée en 2007 à l’âge de 100 ans. Entre le photographe et son modèle, entre la vieille femme et le jeune homme, une complicité unique a instauré pendant plus de quinze ans un jeu grave et drôle, un jeu qui prenait parfois des allures de défi, mélange de séduction, d’âpreté et de malice.
Tel un modèle, Juliette accepte les mises en scène de Denis qui tirent partie du décor de la ferme, jouent avec les objets et les plantes. Au fil des ans, les photographies se font plus audacieuses et révèlent une personnalité inattendue qui semble s’épanouir sous l’objectif.

À travers les portraits de Juliette, magnifiques de justesse, apparaît aussi la réalité d’un monde rural modeste et précaire, avec ses codes sociaux et ses valeurs, où la rudesse l’emporte parfois sur la sagesse. Avec son caractère bien trempé et son refus du qu’en-dira-t-on, Juliette y fait figure de résistante, portée par son intuition et une intelligence sensible. Dès lors, l’acte de photographier devient un acte de vie et ces images constituent aujourd’hui un témoignage précieux sur une de ces « vies minuscules » chères à Pierre Michon, vibrantes d’humanité, qui marque notre commune appartenance au monde.

Un premier texte, rédigé par Denis Dailleux, livre au lecteur quelques détails sur la vie de Juliette ; on y sent son isolement, sa fragilité et la pudeur qui la caractérise, mais aussi son incroyable capacité de résistance qui l’a conduite à accepter l’aventure photographique que lui proposait son petit-neveu.
Un second texte, littéraire, vient marquer l’intemporalité et l’universalité de cette série. « Née dans une famille de paysans » selon ses propres mots, Marie-Hélène Lafon dépeint admirablement dans ses romans la réalité du monde rural. Elle accompagne ici les photographies de Denis Dailleux, entre récit fictionnel et propos sur l’image.

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Rencontre avec Rimma Samman

Enfant, j’étais captivée par l’imaginaire fantasmagorique qui débordait de l’album de famille de mes parents. J’aimais beaucoup m’y plonger en mes heures perdues, surtout à l’heure de leur sieste. Je me racontais alors un tas d’histoires romancées, inspirées des films égyptiens diffusés alors à la télé libanaise. Plus tard, j’avais quitté le Liban en emportant une seule photo dans ma valise : celle de mon petit copain en maillot de bain, me souriant sur la plage. Mes photos de famille, le besoin de les (a) voir ici chez moi en France, est arrivé bien plus tard. Je ne pourrai pas dire quand exactement. Mais depuis quelques années, je remarquais que ma mère me les concédait de plus en plus volontiers à chaque passage au Liban. Alors je me suis demandé si l’âge avançant, ma mère ne cherchait pas à me léguer via ces photos, une mémoire de famille faite justement pour être transmise et enrichie d’ascendant en descendant. Et si, comme dans une passation de bijoux de famille, elle ne me chargeait pas inconsciemment de les confier un jour à mon tour à mes nièces et neveux, faute d’avoir moi-même d’enfants.” R.S.

“À partir d’un certain nombre d’années après la mort, le visage ne change plus. La netteté des traits, le feu des pupilles, le brillant du regard demeurent. Le temps est vaincu. L’être cher est là, devant nous, en photo, et le sera à tout jamais. Nimbé d’une aura éternelle. L’usure n’a plus de prise sur lui. Son portrait n’est plus seulement un portrait : il est l’être disparu lui-même. Inaccessible au temps désormais. Intouché. Intouchable. Vivant. Et ainsi dans les siècles des siècles.

De toutes et tous que reste-t-il à la fin ? Quelques photos. Un portrait que l’on se transmet, que l’on ressort de loin en loin pour montrer aux petits-enfants et aux arrière-petits-enfants qui était Oncle Pierre, qui était Mamie d’Oran.” S.P.

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Rencontre avec Edouard Taufenbach, Régis Campo

Le vol de l’hirondelle, un symbole de liberté. Le Bleu du Ciel prend pour point de départ un souvenir d’enfance, celui du chant des hirondelles dans le ciel et de leur rassemblement sur les fils électriques avant leur voyage vers le Sahara. Associé aux idées de voyage et de liberté, le vol de ces oiseaux a inspiré à Édouard Taufenbach et Régis Campo l’image d’une “partition faite de ruptures, d’accélérations et de silences” où se dessinent “des formes abstraites comme des signes à interpréter”. C’est autour de ce motif poétique que se nouent les recherches artistiques des deux lauréats, qui souhaitent créer à quatre mains une “représentation sensible du passage du temps, du mouvement et des échanges et circulations au sein d’un espace”, en alliant leurs pratiques de l’image et de la musique.

Édouard Taufenbach est né en 1988. Régis Campo, lui, est de vingt ans son aîné. Ils se sont rencontrés au printemps dernier, suite à l’annonce du lancement de la 4e édition du Prix Swiss Life à 4 Mains et leurs univers ont immédiatement dialogué. L’un et l’autre partageant en effet le même imaginaire cinéphile et musical, une proximité de goûts et d’esprit qui leur a donné envie d’unir leur savoir-faire.

Rassembler photographie et musique au coeur d’un projet commun, c’est l’ambition du prix Swiss Life à 4 mains organisé par la Fondation Swiss Life. L’édition 2020 a élu son duo de lauréat : le photographe Edouard Taufenbach et le compositeur Régis Campo pour leur oeuvre croisée Le Bleu du Ciel. Leur collaboration est basée sur le thème de l’hirondelle est inspirée d’un souvenir d’enfance des sons qu’elles émettaient alors qu’elles se perchaient sur les fils des poteaux électriques. Au croisement de l’art et de la science, leur performance est une représentation sensible des échanges et circulations au sein de l’espace se basant sur les mouvements du vol de l’hirondelle pendant les migrations où elle traverse le Sahara et la Méditerranée en course vers l’Afrique subsaharienne et l’Europe.

Sélection du Prix Nadar 2020

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Rencontre avec Amaury da Cunha

Demeure est la quatrième monographie photographique d’Amaury da Cunha. Cet ouvrage réunit 47 photos, mêlant couleur et noir et blanc, prises au cours des 18 dernières années (2000-2018) et des textes courts de Sylvie Gracia.

Pour tenter d’élucider le secret des images, Amaury da Cunha a confié le soin à Sylvie Gracia d’y associer des mots, en toute discrétion. Une volonté littérale, en effet, puisque dans Demeure, tous les textes sont glissés à l’intérieur de plis japonais, c’est-à-dire entre des pages n’ayant pas été découpées lors de la fabrication du livre. La lecture est donc entravée et invite le lecteur à manipuler l’ouvrage d’une manière inaccoutumée.

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Rencontre avec FLORE

L’odeur de la nuit était celle du jasmin s’inscrit dans la continuité du livre de FLORE, Lointains souvenirs (Éditions Contrejour, 2016) qui proposait une variation autour de la jeunesse indochinoise de Marguerite Duras. Dans ce nouvel opus, elle puise dans ses souvenirs d’enfance, dans les récits de ses grands-parents qui ont vécu à la même période et aux mêmes endroits que Marguerite Duras d’insondables mystères nourrissant ce qu’elle ressent aujourd’hui comme une part d’imaginaire commun entre elle et l’écrivaine. Elle continue ainsi à « inventer photographiquement » une Indochine presque mythique. De courts extraits de textes de Marguerite Duras forment un contrepoint aux photographies en noir et blanc virés au thé. Par ces procédés techniques, l’artiste façonne tout autant qu’elle restitue le monde déployé sous ses yeux pour en extraire des images qui se confrontent à la fragilité des souvenirs et à la capacité de la photographie de créer de la vérité plus vraie qu’une réalité.

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Rencontre avec Harry Gruyaert

«L'Inde est déconcertante, elle vous déstabilise et vous fait perdre vos repères. Elle vous stimule intellectuellement. Il y a là une énergie qui naît d’une impression de constant chaos: les gens, les villes, le grouillement de la foule. Ce qui m’a immédiatement intéressé, c’est la multiplicité des éléments avec lesquels on peut composer et cette orgie de couleurs qu’il faut essayer de contrôler pour ne pas tomber dans la facilité.»
— Harry Gruyaert

À travers une dizaine de voyages sur plus de 40 ans, Harry Gruyaert a parcouru inlassablement la péninsule indienne et nous livre dans cet ouvrage un témoignage de ce pays en tension où coexistent en permanence tradition et modernité, effervescence et tranquillité. De multiples détails, différentes strates, s’enchevêtrent dans ces photographies, pour la plupart inédites, qui oscillent entre puissance chromatique et une palette quasi monochrome. L’air est saturé de couleurs, de lumière, de bruits, parfois de silence aussi. En restituant l’expérience multi sensorielle qu’il a perçue au fil des ans face aux mystères de ce pays, le photographe belge dresse un tableau contrasté à rebours de tout exotisme.

Harry Gruyaert raconte, en introduction, sa découverte et fascination pour l’Inde. Tandis que différents extraits du Dictionnaire amoureux de l’Inde de Jean-Claude Carrière viennent ponctuer cette exploration visuelle de la péninsule indienne.

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Rencontre avec Jean-Luc Bertini

Avec Américaines Solitudes, Jean-Luc Bertini traverse les États-Unis et s’interroge sur la place de l’humain pris dans cet immense décor. Il invente ce que Gilles Mora nomme dans sa postface “une poétique de l’isolement”. Il s’agit-là d’un juste équilibre entre le photographe contemporain face à l’Amérique et cette touche humaniste héritée de la tradition française, qui lui permet de contourner habilement le “tableau photographique américain”.

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Rencontre avec Stephan Gladieu

Après un demi-siècle d’existence, la Corée du Nord est l’un des pays les plus haïs au monde, mais aussi l’un des plus méconnus. À l’évidence, la radicalité de ce paradoxe cache une réalité plus complexe que ce qu’il nous est donné à voir : guerre, famine, dissidents, programme nucléaire, parades et défilés militaires… Suivi, encadré, accompagné pas à pas tout au long de son séjour en Corée du Nord, Stéphan Gladieu invente un espace de liberté à l’intérieur du cadre qui lui est imposé. L’existence de cette série photographique dépend intimement de la relation que le photographe a su nouer avec ses hôtes. En choisissant le portrait-miroir, souvent cadré de pied, qui requiert une pose frontale et un regard direct, Stéphan Gladieu s’est rapproché de l’image de propagande et a rendu sa démarche si ce n’est familière, du moins compréhensible aux Nord-Coréens. Cette série nous renverra sans doute en partie notre représentation, mais elle nous permettra peut-être aussi de voir les Nord-Coréens à travers leurs propres yeux.

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Rencontre avec Noémie Goudal

Le livre Soulèvements est la continuité d’un vaste projet photographique relatif à l’histoire des sciences et des théories de la formation de la Terre.
Inspirée à l’origine par les découvertes antiques qui ont révélé la présence de fossiles au sommet des montagnes, la série Soulèvements est le résultat d’une réflexion issue des interprétations qui ont pu être émises au fur et à mesure des siècles, découlant des observations de ces fossiles. Basées en partie sur l’imaginaire, Soulèvements est une réinvention des représentations scientifiques de la formation des reliefs de la Terre et des mouvements des montagnes révélant une forme de chorégraphie du paysage.
Composées à partir d’une installation de trente miroirs, chacune des photographies sculpte l’espace et le paysage défiant le regard du spectateur et son imaginaire. Non pas comme une simple édition de photographies, le livre se construit en miroir du processus de création de l’œuvre, dévoilant ainsi les détails, la matérialité des supports, les mécanismes, et interprète les recherches théoriques sous-jacentes aux images.
Le livre se compose d’une édition grand format exposant les photographies dans leurs détails et d’un livret autonome. Glissé dans le livre, ce cahier mêle une iconographie scientifique, des images de documentation des prises de vue et un texte d’Emma Lewis mettant l’accent sur la démarche théorique et scientifique qui accompagne le projet de l’artiste.

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Rencontre avec Rémi Coignet

Conversations 3 est un ouvrage d’entretiens avec des photographes contemporains, menés par Rémi Coignet, critique de livres photo. Depuis 2014, date de parution du premier volume, il s’agit de donner une place de choix aux photographes, pour qu’ils puissent faire entendre leur voix dans le domaine de l’édition, souvent oubliés au profit de celles des critiques, journalistes et commissaires. Photographes, éditeurs ou designers graphiques sont invités à revisiter leur travail et révéler leurs intentions. Au cours des entretiens, une géographie de la photographie contemporaine est esquissée dans la continuité de deux volumes précédents, Conversations, publié en 2014, et Conversations 2, publié en 2016. Ce troisième volume fait la part belle à des photographes particulièrement intéressés par l’édition et le travail éditorial. Les photographes discutent ainsi pleinement de leur projet éditorial, de leur vision du livre de photographie, de son importance dans leur pratique photographique.

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Rencontre avec Simon Baker

Erwin Wurm Photographs est publié à l’occasion de la première rétrospective consacrée, par la Maison Européenne de la Photographie (4 mars - 7 juin 2020), à sa pratique photographique. L’ouvrage éclaire le travail d’Erwin Wurm, artiste de renommée internationale, sous ce nouvel angle. Réunissant quelques 600 photographies réalisées depuis la fin des années 80, cette publication exhaustive présentera aussi des planches contacts originales et des tirages provenant des archives personnelles de l’artiste, qui n’ont encore jamais été dévoilés au public. L’ouvrage explore le processus artistique par lequel l’artiste autrichien réalisa des œuvres majeures tel que les Dust Sculptures, Fabio Getting Dressed ou encore les célèbres One-Minute Sculptures et dévoile aussi les récents Polaroids grand format.

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